Jeudi 9 Septembre: apocalypse météorologique (Douglastown > Pabos)

image

image

image

Réveil un peu après 6h. Il pleut, comme il a plu toute la nuit. Je jette un oeil dans le vestibule de Hubba. Première bonne surprise de la journée: le terrain sur lequel je me suis installé, qui semblait assez ferme, a ramolli avec la pluie. Résultat: le double toit s’est détendu, et la zone sèche du vestibule a rétréci. Ma chaussure gauche sert donc de gouttière. Première longue série de jurons de la journée.

Il pleut, il vente, il pleut, il vente. Coup d’oeil au bout du bâtiment qui m’abrite du vent:  les herbes sont quasi-horizontales à cause du vent…et pas dans le bon sens. La journée va être longue. Je remballe tout ce que je peux dans la tente, enfile le raingear, et vais faire chauffer l’eau. Petit déj à l’abri dans la tente (estimé à au moins 1200 calories), rangement et chargement de Trekounet. Nettoyage et lubrification: le passage sablonneux de la fin de l’étape d’hier n’a pas été très bon pour la transmission.

Bon. C’est décidé, le temps est cyclistement apocalyptique. Bonne pluie, vent de fous. Whatever, on the road again.

Wouhou que c’est sportif. Quand le vent est bien de face, pas de problème, c’est comme si c’était une côte. Mais quand c’est des bourrasques latérales, qu’il faut faire comme si on tournait à gauche juste pour avancer tout droit…là j’en chie. Plusieurs fois je me retrouve dans le décor. Mais je finis par maîtriser et zigzaguer sur ma voie.

D’ailleurs, il y a très peu de monde sur la route. C’est pas plus mal. Je me fais un peu klaxonner, probablement des gens qui me trouvent fou de rouler dans ces conditions. J’ai d’ailleurs songé plusieurs fois à attendre dans un coin que ça passe…mais je suis pas un lâche!

Enfin j’ai été contraint de m’arrêter: au kilomètre 12, encore une crevaison à l’arrière. Au même endroit, à travers la rustine de pneu. Ces trucs ne sont définitivement bons qu’en cas d’urgence. Heureusement, la pluie se calme, seul le vent persiste.

Je décide donc de changer le pneu, qui a quand même 3000 km. Je tente de remettre celui réparé par D., de La Vie Dehors à Rimouski. Mais la réparation n’a pas tenu. Fuck that, (mais merci pareil hein D.!!), je fais péter le Specialized Armadillo flambant neuf.

En remontant, vision d’horreur. Un rayon de la roue arrière est cassé. Deuxième série de jurons. Le vent fait tomber Trekounet. Jurons.

Changement de rayon, sans démonter la cassette: flemme. Remontage: la chambre ne tient pas la pression, la vulcanisation n’a pas dû bien prendre. Jurons. Réparation d’une autre chambre précédemment crevée. Reremontage. Ça semble tenir. Petit test: tout frotte. Insultes. Le pneu est plus gros que le précédent et touche les garde-boue. Réajustement (jurons). Évidemment, la roue est voilée après le changement de rayon. Jurons, dévoilage.

ENFIN, tout roule. On raccroche les sacoches et retourne faire du vélo pendant l’apocalypse.

Arrêt internet dans une auberge, classique.

Perte de mon couvre-casque: il a préféré le vent au vélo comme moyen de transport.

Wouhou, changement de cap, un peu de vent de dos…qu’est ce que ça fait du bien de ne pas être poussé vers le fossé!

Quelques côtes pour arriver à Percé (toujours dans le vent, bien sûr). Chose inédite pour moi:  une descente de 8% à 8 km/h en granny gear. J’avais un léger vent de face.

Arrêt miam à Percé. On ne peut pas aller sur le quai pour admirer le rocher percé: des grosses vagues déferlent dessus. Tant pis.

Je mange dans un coin abrité. Jasette avec plusieurs locaux. Tout le monde capote et n’en revient pas que je roule, et roule autant, par ce temps. Trop drôle: au moment de repartir, une petite dizaine de personnes est autour de moi et parle du genre « il va jusque Grande-Rivière! », « il vient de Montréal », « 100 km par jour! ».

Un vrai phénomène de foire.

En remontant pour sortir de Percé, ouf, une vue sur le rocher!  C’est l’occasion de prendre une des rares photos du jour: pas envie d’une apocalypse appareil-photographique.

Je roule. Heureusement, je profite maintenant d’un changement de cap de la route 132: j’ai maintenant le vent quasiment dans le dos. Ah que ça fait du bien.

Par contre, la pluie s’en mêle…assez violemment. Et évidemment, pas de revêtement drainant, vous croyez quoi?!

Je continue, arrosé par les embruns des camions. Quelques kilomètres avant Grande-Rivière, une voiture me fait signe et s’arrête…je suis sur mes gardes.

Un bon samaritain m’offre l’hospitalité! Yeeha. Rendez vous à Pabos, à une vingtaine de kilomètres de là, il m’attendra. J’ai la pluie et le vent dans le dos: à l’aise!

J’arrive là: personne…c’est moi qui attends. Vingt minutes plus tard, L., mon hôte, arrive. Il me fait rentrer Trekounet et mes affaires. Jasette. L. a 63 ans, il a bossé comme adminstrateur, et gère de l’immobilier. Sa passion: les antiquités et le bois, le vieux bois. Il a plusieurs vieilles maisons rénovées à vendre…et la propriété où je suis actuellement est un véritable domaine.

Petite visite. Lavage de mes affaires, séchage d’Hubba et du reste, douche. MERCI L.!

Jasette, bonne bouffe, jasette. Il me fait part de ses projets: faire de son domaine encore sauvage et pas débroussaillé une sorte de camp communautaire « ma cabane au Canada », avec au programme construction de chalets, travail du bois, restauration d’antiquités. Il est à la recherche d’au moins un collègue pour l’instant, logé, nourri, logé, argent de poche…avis aux amateurs!

Un vrai personnage, ce L.. Pas prise de tête, super-accueillant. Discussions parfois un peu sexuelles, mais bon, très cool, le bonhomme fume du canna. Et j’ai mon Opinel dans la poche : D

Présentement je suis installé dans une petite chambre, pour moi tout seul, un vrai palace. Mes affaires, propres, sèchent en bas.

L. me propose de rester un petit bout pour l’aider dans ses projets…mais si je ne veux pas mourir de froid avant d’arriver en Nouvelle-Écosse, je dois rouler.

Donc demain, quelques heures de charriage de vieux bois et autres travaux avec L….puis on the road again.

Aujourd’hui, sous les pires conditions depuis le début du voyage, 4h36 de route à 20.2 km/h, soit 93 km. Pointe à 65.5.

Bonne nuit dans un lit!

Publicités
Cet article, publié dans Français, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Jeudi 9 Septembre: apocalypse météorologique (Douglastown > Pabos)

  1. Cyrille dit :

    Tu m’épates!!!et c’est pas parce que c’est toi….ça donne super envie de faire des bornes à vélo et en même temps cet aprém ya un peu de vent alors j’y vais pas…donc tu vois un peu comme ça me fait délirer ton périple. La Classe!!

  2. Cath dit :

    Tu n’as pas eu de chance avec tes pneus, juste le jour du très mauvais temps…
    Mais le bon samaritain veillait au grain, heureusement !
    Tu peux peut-être en profiter pour te reposer un peu non ? avant d’être en Une
    des journaux locaux comme « phénomène de foire » !

  3. Mily dit :

    J’adore ta manière de nous faire partager ces moments de pur bonheur. ^^ T’auras mérité un bon apéro bien au chaud en rentrant, on te prépare ça!

  4. Guillaume dit :

    Salut Rémigne!
    Quel est le lien entre le cana et ton opinel?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s