Lundi 18 Octobre 2010: journée de la mauvaise humeur (Albert Bridge > Grande Greve)

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Pfoouuu quelle journée « peut mieux faire »! Si vous ne voulez pas déprimer, je vous conseille de passer directement à autre chose.

Tout avait pourtant bien commencé: alors que je remballe sous une pluie intermittente, je me fais surprendre par un arc-en-ciel furtif! Ah, c’est joli…

Je m’occupe de mon foutu pneu arrière: démontage de roue, dégonflage, regonflage en forçant le pneu à se placer comme il faut. Bon, ça semble correct. Allez hop, on roule!

Je commence par me tromper de route: je me suis emmêlé les pinceaux dans toutes les routes touristiques. Pas trop grave, petit détour de quelques kilomètres.

Le temps ne sait pas quoi faire. Un coup grand soleil, puis deux minutes plus tard un nuage passe, et il pleut gentiment pendant cinq minutes. Je me fais avoir au moins deux fois à mettre les imper parce que de grosses gouttes se mettent à tomber, puis quand je suis prêt à repartir, devoir les enlever parce qu’en fait, il pleut plus. Rhhhhaaa c’est énervant!

Bref. Je suis la « fleur de lis trail » (avec faute d’orthographe sur les panneaux…ou alors, c’est du vieux français?). Elle passe par une route relativement sauvage: une soixantaine de kilomètres avec seulement quelques petits villages.

Au début de la route, un automobiliste se met à mon niveau. Il me demande si je vais vers Gabarus, un village sur ladite route. Je lui dis que oui. Il me demande si je sais où je vais. Je réponds que oui, pensant que c’est un peu une question à la con vue ma réponse à sa première question. J’ai compris plus tard le sens de sa question: « euh, t’es sûr que tu veux passer par là? Tu vas arriver au bout de la route à vélo?! »

Petit épisode « into the wild », donc, mais encore plus soft qu’entre Saint Quentin et Bathurst, au Nouveau Brunswick. Très peu de trafic sur la route. Pas de côte majeure, par contre, un bon vent contre moi, ce qui, vous le savez peut-être, a le don de m’énerver.

À part quelques rivières et lacs, cette route est sacrément chiante. Monotone, pas de grande montée ni de descente, pas de point de vue, que de l’épinette (donc pas de couleurs), et pas mal de zones déforestées. Bref, peut mieux faire.

Ajoutez à cela ma roue libre qui fait des siennes…failli me vautrer méchamment deux fois à cause de ça aujourd’hui:
-un démarrage, pourtant sur un rapport court…CRAC, ça lache, mon genou cogne je ne sais quoi, je suis déséquilibré…heureusement ma chaussure déclippe de la pédale et je m’en tire avec juste un petit mal de cheville.
-une montée, en danseuse sur un rapport moyen…CRACBENG, ça lache puis rebloque. Déséquilibre, mais plus de peur que de mal.

Je vous cache pas que ça, c’est très énervant. C’est pourtant pas une pièce de merde, je comprends pas pourquoi ça fait ça. Enfin, pour l’instant, c’est pas si grave…on se met plus debout sur le vélo, et basta.

Le drame survient au kilomètre 44. Peut-être perturbé par les craquages de la roue libre, probablement mal monté dans la précipitation samedi dernier, le maillon d’attache de ma chaine décide de faire grève. Je m’en aperçois quand il s’ouvre et vient frotter contre les dérailleurs à chaque passage de la chaîne.

Ça, ça fait chier. Bon. Mon avant-avant-dernier gant de plastique se déchire quand je le mets. Jurons. Je m’aperçois que l’avant-dernier est déchiré aussi. Ah, du bonheur.

Le maillon de chaîne est déformé. Je tente, armé de ma pince Victorinox, de le redresser. Bidouillage, galère avec le dérive-chaîne. Ça semble tenir. Sept kilomètres plus loin, rebelote. Re-bidouillage. Deux kilomètres, encore raté. Re-re-bidouillage. Quelques centaines de mètres, re-cassage…je mets Trekounet dans le bas-côté, l’arrose de combustible à réchaud, et lance une allumette.

Non, bien sûr, ahah…mais c’est pour vous décrire mon état d’exaspération. Parce qu’il faut garder à l’esprit que pour chaque arrêt forcé, je dois, dans le gros vent:
-me garer et trouver un endroit où mettre le vélo sur la béquille,
-béquiller,
-sortir les gants (défaire le couvre-sacoche, ouvrir la sacoche, ouvrir la poche)
-les mettre en faisant super gaffe, parce que c’est la dernière paire à peu près en état,
-sortir le dérive-chaîne,
-sortir la pince,
-bidouiller,
-ranger outils et gants,
-m’essuyer le petit doigt qui est pas couvert par le gant déchiré,
-débéquiller et espérer que cette fois, ça va tenir, putain de merde.

Donc au bout de quatre fois, j’en ai eu MARRE, fini d’essayer de sauver ce putain de maillon, je le vire, raccourcissant la chaîne…ce que j’aurais dû faire dès le début.

Faisons un petit bilan…vent de face+pluie indécise+route chiante+roue libre de merde+chaîne qui s’y met=ouhpitin j’en ai marre de cette journée de merde. Heureusement, j’ai tous vos encouragements en réserve! :)

Bon, ça y est, ça tient, enfin. Je peux m’arrêter pour bouffer, et revoir mon objectif du jour à la baisse. Si j’atteins St Peters, ce sera un miracle…

Quelques dizaines de kilomètres après cette pause, un vrai gros nuage se pointe, et il se met enfin à pleuvoir pour de bon! Je suis bien content, les imper sont de sortie, plus à se dire « hum, imper, ou pas imper? »…une emmerde de moins!

Et le soleil perce quand même de temps en temps…à un moment, grosse pluie et gros soleil se battent en duel. Résultat: un arc-en-ciel aussi superbe que furtif. Le temps de trouver un spot décent pour le photographier, il avait disparu. Je vais donc vous le décrire: il était intense, complet, sur un fond foncé, bref, l’idée d’arc-en-ciel. Ça m’a un peu rappelé cette journée couronnée par un arc-en-ciel à Rimouski.

Je garde l’espoir d’arriver à Saint Peters ce soir…mais il est 17h47, le soleil décline…je me trouve donc une vieille baraque abandonnée pour la nuit. Je suis pas si loin de mon objectif. Et puis 115.8 km en 6h20, soit 18.2 de moyenne, c’est déjà pas mal, surtout vues les conditions.

Demain, je continue vers l’ouest…et vais peut-être essayer de me doucher, parce que ça fait depuis Antigonish que mes cheveux ont pas touché de l’eau.

Bonne nuit à l’abri!

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20 commentaires pour Lundi 18 Octobre 2010: journée de la mauvaise humeur (Albert Bridge > Grande Greve)

  1. Rodolphe dit :

    Aller courage! Pour la roue libre, il serait sage de la changer, non? Il vaut mieux dépenser de l’argent dans une pièce mécanique que du temps à l’hôpital, n’est-ce pas?

  2. Arnaud dit :

    Et en plus tu apprends que le dernier Neige et un gros truc bien commercial pour que convard puisse acheter un manteau de fourrure à sa femme : D J’exagère, y’a quand même des trucs cool, genre les dessins qui sont franchement plus beaux que ceux du Gine-atteint-d-tremblotte, y’a encore les rampants, y’a Boris et Edith, Lenton et les hospitaliers. Alors oui, tout compte fait, c’est pas si mal. Je vois bien l’objectif commercial: relancer la série avec ces deux tomes, paf une clientèle jeune et enfin le tome 14 avec du vert partout :)

    HMPF, les trois reines séniles ont gagné :@ Z’ont vraiment pas d’ goût les postiers canadiens !

  3. Cath dit :

    Ah ben pauvre Rémignounet, t’en as bavé !
    Y avait même pas un Bernie pour te sauver ?
    Allez, s’il faut payer une roue-libre on peut t’aider !
    Allez Rémi ! Tiens-bon !

  4. Cath dit :

    Si tu passes par 3w kevincyr.net, tu vas te marrer…
    C’est quoi cette roue libre? elle est solidaire du moyeu? Tu dérayonnes si tu veux garder la roue? C’est toi qui avait rivé la chaine quand tu l’a changée? Donc ce jour tu as bouffé du bitume un peu fade, ça change.
    Une histoire de balade alsaço-vosgienne?
    Le Kreuzweg et retour par Villé; tant que ça monte, j’ai mon rythme, je profite, et que j’te déhanche à l’aise en tirant sur les bras, vu que je n’étais pas gêné par la barre transversale puisqu’il n’y en avait pas… Et ça monte, et puis je plonge dans la vallée, la plus belle, la plus riante des vallées. Mon problème physiologique: je donne tout dans le col et après pour rentrer, l’autonomie est mal calculée… ça ne fait pas que descendre quand on passe de l’autre côté et à la sortie de Villé: plus de jus et un mollet tétanisé qui se met à bouger tout seul! Oh! je défaille! Une pause s’impose, tapons dans le goûter salvateur qui ne me parût jamais si petit. Allongé dans l’herbe, le temps que la mie de pain fasse le tour du cycle de Krebs pour nourrir les myocytes, je pus repartir et arriver à Andlau la boucle faite à l’étonnement de l’Henri Klein qui ne m’en voyait guère capable au départ… Sûr que le Terrot pouvait être plus léger mais j’aimais bien les clefs plates de 10 à 17 en forgé, et la grosse sacoche prise de guerre sur le porte bagage à rallonge, et les garde-boues en acier; non, je n’avais pas un atlas Michelin, ni une grosse pompe à pied…seulement une petite pompe à pied avec la poignée démontable. Et d’autres trucs qui faisaient gling-gling sur les cahots…

    • zboud dit :

      Shimano Deore LX, oui au reste…merci pour l’histoire, j’imagine bien le vélo bling-bling! Il se tordait pas trop en montant?!

  5. jl dit :

    première grosse journée de bullshit avec autant de km te plains pas!!! ;) pis comme tu le dis si bien c’est du plaisir!sérieux t’as besoin de dons??

  6. JeanMi dit :

    Eh ! Je te sens exaspéré… j’ai même dit « Nooonnnnnn !!!!! » sur l’épisode du combustible et de l’allumette tellement j’étais à fond (bon 1/4 de s. quand même, pas plus, je suis bon public mais faut pas pousser…).
    Réponse au test : les reines sont arrivées il y a quelques jours, pas encore la fleur…. dingue non ?

  7. Clem dit :

    Pendant ce temps-là, Lyon fait la une du NY times parce que c’est la guerre!
    Dieu peut pas être partout…

  8. V. et R. dit :

    Hiiiii, c’était pas facile cette journée là!!! Il doit commencer à faire froid également? Ici au Nord du NB, nous avons eu déjà quelques gelées et ce matin le thermomètre affichait -3oC. Bon courage!

  9. Ping : Mardi 9 Novembre 2010: l’Alsace et la Lorraine (Fribourg > Andlau) | ARémica

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